10 septembre 2022

18:30 - 19:30

La Spirale

SARCLO

Sarclo, mieux connu des services de police sous son sobriquet civil de Michel de Senarclens, n'est pas né avec une cuillère en

argent dans la bouche. Non.

Le jour qui vint pour la première fois balayer son œil égrillard au pied de la tour Eiffel le 17 juin 1951 vit aussi une mère

abusive l'abandonner au bras d'une femme du peuple, nourrice de son état, sur le large sein de laquelle il ouvrit une bouche

hébétée. C'était un dimanche. Ce sein populaire et dominical en fit ce qu'il est encore aujourd'hui : un cochon, un paresseux,

et peut-être un socialiste.

Happé par les migrations économiques d'un père âpre au gain, Sarcloret fut déporté en Suisse une première fois, dans

l'indifférence générale, le 12 juillet 1957.

Il revint à Paris dans l'idée de soutirer sa pitance aux touristes avachis du plateau Beaubourg en les faisant s'amuser. Succès

d'estime, surtout auprès de la police de Paris, qui rigole encore de sa deuxième déportation, plus musclée, entre deux

bavures et un pastis.

Le 24 septembre 1980, Sarclo obtint par les poils un diplôme d'architecte et contracta un mariage tiré par les cheveux, tout

en maugréant cette prophétie déplorable qui, à moins d'un miracle, devrait se réaliser sous peu : "un jour, je reviendrai

triompher à Paris..."

Cette coïncidence insignifiante montre bien la foi un peu sourde de ce luthérien lubrique, qui le poussa à créer les

productions Côtes du Rhône l'année suivante, devant le manque d'intérêt complet des producteurs et malgré les conseils

avisés de son entourage.

C'est sous ce label qu'il fit paraître cet album au titre perclus de modestie : Les plus grands succès de Sarcloret.

Depuis ce jour, le déclin de l'industrie phonographique bat son plein.

Tout le monde connaît la suite : voguant de pataquès en sous-préfecture, ce sempiternel bienfaiteur des arts et des lettres

s'en alla planter ses mots pointus dans le cœur des innombrables amis de la chanson romande que sont les Belges et les

Québécois.

Après une dizaine d'albums, un prix Brassens, un calcul rénal, un million de kilomètres et quatre enfants dont la plupart sont

peut-être de lui, Sarclo nous revient pour planter ses mots dans le cœur des innombrables... Ah ! ... Zut ! ... Déjà dit...